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 PostPosted: Sun 5 Oct - 18:51    Post subject: Bye Bye les Conccurents ! Reply with quote Back to top

                                          L'esbroufe est parme anticrise de Ryanair


Son patron le claironne : la compagnie low-cost sera l'une des rares en Europe à survivre à la flambée pétrolière. Sur son plan de vol : promotions tape-à-l'oeil, mégacommande d'avions et grosses acquisitions.


                                                      


Qu'est-ce qui motive un patron ? L'argent, le pouvoir, l'influence... ou l'amour des sensations fortes :
«J'étais prêt à partir à la retraite l'an dernier, car je commençais à m'ennuyer. Mais maintenant que tout le monde dit qu'on est dans la merde, je reste !» a fanfaronné Michael O'Leary, le président exécutif de Ryanair, à la suite des résultats trimestriels de la première low-cost européenne, le 28 juillet, faisant là un résumé rapide mais assez complet de la situation de sa compagnie aérienne. Au moins à court terme.

Profit warning
Ryanair, comme toutes les compagnies aériennes du monde, a été sérieusement touchée par l'envolée du kérosène. «Entre juin 2007 et juin 2008, le prix du pétrole a augmenté de 93%> : il représente aujourd'hui 50%> de nos coûts d'exploitation, contre 36% l'an dernier», a reconnu Michael O'Leary. Conséquence immédiate et implacable : le résultat net de la compagnie a plongé de 85% au premier trimestre, à 21 millions d'euros, contre 139 millions sur la même période l'an dernier. Dans la foulée, le couperet est tombé : un profil warning (perspectives de résultats inférieurs à ceux attendus) a été émis. Pour la première fois depuis son introduction en Bourse en 1997, Ryanair a annoncé la possibilité d'être en perte cette année, et a anticipé, «sur la base des couvertures existantes, avec un prix du baril de pétrole au quatrième trimestre à 130 dollars et un tarif moyen des billets en recul de 5% sur l'ensemble de l'année, un résultat net annuel entre l'équilibre et moins 60 millions d'euros». Les analystes n'ont pas du tout apprécié ces résultats : la banque d'affaires Collins Stewart a accusé Ryanair de «s'être mise directement sur le chemin de la tempête économique en favorisant une demande très tournée vers les vacances courtes, hautement facultatives», et Deutsche Bank a sèchement rappelé que la compagnie aérienne «était l'architecte de sa propre baisse de bénéfices en continuant à vouloir augmenter sa capacité dans un environnement économique faible». La Bourse a suivi : le cours de Ryanair a dégringolé de 22% le jour des résultats, et ne s'en est pas relevé. Début septembre, le titre avait perdu 41% depuis le 1er janvier.
Comme une mauvaise nouvelle n'arrive jamais seule, la compagnie irlandaise a connu une semaine infernale à la fin de l'été. Le 23 août, les passagers du vol FR 872, partant de Dublin et à destination de Billund (Danemark), doivent débarquer quelques minutes avant le départ de l'avion. Motif : une cartouche d'arme à feu a été trouvée à bord; le contrôle n'avait rien vu. Le 26 août, le vol FR 9336 Bristol-Barcelone atterrit d'urgence à Limoges à 23 h 30 en raison de la dépressurisation de la cabine. Manoeuvre habituelle dans cette situation, le pilote doit amorcer une descente de 8000 mètres en cinq minutes : 16 personnes atteintes de blessures légères. Le 29 août, le vol Bergame-Rome doit à son tour atterrir en catastrophe à l'aéroport de Rome-Fiumicino, au lieu de Rome-Ciampino, à cause du mauvais fonctionnement du train d'atterrissage principal.

Mauvais hiver en perspective
Dernier point noir : alors qu'elle s'apprête à vivre la pire saison de son existence, Ryanair va devoir réceptionner 32 nouveaux Boeing cet hiver, et il lui faudra sortir les investissements nécessaires pour payer la facture. «A court terme, la compagnie a une marge de manoeuvre limitée : elle ne peut pas différer la livraison de ces avions, ne peut plus vraiment négocier les taxes aéroportuaires; la consommation est en dépression au Royaume- Uni, elle ne peut donc absolument pas jouer sur les prix. Pour l'hiver, et en particulier la période allant de fin septembre à février, nous ne sommes pas très optimistes», affirme Yann Derocles, analyste à Oddo.
Baisser les prix : voilà le point de départ de la contre-offensive de Ryanair. Modèle low-cost oblige, il est exclu de les augmenter de façon visible, sous peine de perdre la confiance des clients.
Depuis fin août, Ryanair a d'ailleurs entrepris de les rassurer en multipliant les encarts publicitaires dans la presse grand public, alors qu'elle publie d'habitude ses offres sur son site Internet : une demi-page dans Le Figaro, le 2 septembre, annonçait 3 millions de billets à 15 euros l'aller simple en octobre. Deux jours plus tard, c'était une pleine page, dans le même quotidien, qui annonçait «6 millions de billets à 10 euros l'aller simple en octobre et novembre». Trois jours plus tard, les prix de «3 millions de billets» étaient cassés à 5 euros. La même semaine, sur Ryanair.com, la compagnie fêtait «la liquidation totale de nos concurrents» à grands coups de promos sur l'hiver.
Prix apparemment toujours plus bas, donc, mais à des conditions de plus en plus drastiques : «La compagnie va faire de grosses opérations de promos pour avoir le maximum de visibilité à l'automne. Mais elle va raccourcir les périodes durant lesquelles les prix sont réduits, et le nombre des billets les moins chers va baisser», explique Didier Bréchemier, consultant chez Roland Berger, qui estime que les prix réels devraient progresser de 7 à 10% cet hiver pour préserver la rentabilité du groupe.

Offre réduite
Deuxième variable d'ajustement : jouer sur la flotte et les destinations. Michael O'Leary a annoncé qu'il clouait au sol 15 appareils à Dublin cet hiver et 4 à Londres. Officiellement, ce serait parce que les taxes aéroportuaires de ses deux principales bases auraient tellement augmenté qu'il serait plus rentable de laisser les avions au hangar plutôt que de les faire voler. En réalité, il s'agit de réduire l'offre de la compagnie pour remplir totalement les avions restants. Le nombre des destinations et la fréquence des vols devraient être légèrement ralentis : «A Marseille, la capacité est inférieure à celle qui avait été annoncée, elle stagne à Beauvais, l'Aquitaine est moins renforcée que prévu...», souligne Didier Bréchemier. Mais ces ajustements sont très difficiles à évaluer : «Ryanair n'a jamais cherché à assurer un service régulier et dense sur ses lignes. Elle peut donc baisser les fréquences sans que cela se voie, d'autant plus que les clients, en particulier les Anglais, sont très flexibles et décalent facilement leurs départs», assure un spécialiste des low-costs.

Recettes auxiliaires
Dernière mais principale issue pour Ryanair : les «recettes auxiliaires». Hormis le vol en lui-même, tout service supplémentaire est un réservoir potentiel de revenus. Vous payez par carte bancaire, mais ce n'est pas une Visa ? C'est 10 euros. Vous vous enregistrez à l'aéroport ? C'est 10 euros. Vous avez un bagage en soute ? C'est 10 euros si vous payez en ligne, 20 euros si vous payez à l'aéroport. Un bagage supplémentaire ? C'est 20 euros. Vous voyagez avec un enfant de moins de 2 ans ? C'est 20 euros, et 10 euros pour la poussette. Un instrument de musique, du matériel sportif, c'est 30 euros. Jusqu'à présent, les recettes auxiliaires représentaient 50% de la marge opérationnelle de Ryanair. Elles ont augmenté de 10% en 2008, et devraient, selon les prévisions d'Oddo, grimper encore de 12% en 2009. Car la compagnie n'a pas encore épuisé le filon : Michael O'Leary a annoncé que les passagers pourraient bientôt utiliser, contre paiement bien entendu, téléphone et BlackBerry pendant le vol. Le test devrait commencer cet automne sur 10 appareils basés à Dublin, et sera étendu à 40 avions d'ici à la fin de l'année. Le patron a également prévenu qu'il continuerait à augmenter les frais d'enregistrement à l'aéroport jusqu'à ce que tous les passagers le fassent eux-mêmes en ligne, ou ne voyagent plus qu'avec un sac à main : la compagnie va d'ailleurs tester des vols sans bagages de soute dès cet hiver, ce qui lui permettra de baisser les coûts de main-d'oeuvre...

Grands projets
Autre idée, émise le 17juin a Dûsseldorf par Michael O'Leary lui-même : lancer des vols transatlantiques avec, grande première, une classe affaires. Mais cette idée reste très floue, et a surtout servi à Michael O'Leary à faire parler de lui : en pleine conférence de presse, il indiqua que les passagers bénéficieraient sur ces vols de services appelés «Bed and blowjobs». Succès médiatique immédiat, blowjob signifiant «services particuliers», mais aussi... «fellation».
Michael O'Leary ne doute pas de l'excellence du modèle low-cost, au point de prédire que Ryanair fera partie en Europe - avec deux à quatre de ses concurrentes, «dont easyJet» - des seules compagnies à survivre à la crise du pétrole, si celui-ci continue à tourner autour des 100 dollars le baril. «Ryanair passera le cap : avec 2 milliards d'euros de trésorerie brute, le bilan est sain, la compagnie solide», assure Yann Derocles.
Le patron de la compagnie aérienne vise en fait bien au-delà de l'hiver prochain. Une semaine après avoir annoncé profit warning et résultats désastreux, des négociations ont été engagées avec Boeing et Airbus pour... une mégacommande de 400 avions, livrables à partir de 2013 : «Le moment est bon. Avec le dollar faible, les avions sont moitié moins chers qu'il y a quelques années !» affirme O'Leary. La compagnie ne possédant pour l'instant «que» 120 Boeing 737, le message est fort.
L'exubérant Irlandais s'est aussi fixé deux objectifs avant de partir à la retraite : racheter Aer Lingus, la compagnie nationale irlandaise dont Ryanair est actionnaire à 30%, et faire l'acquisition de l'aéroport de Stansted, situé à une soixantaine de kilomètres au nord de Londres. Pour Aer Lingus, Bruxelles a déjà refusé en 2006, mais la compagnie veut revenir à la charge et faire plier l'Union européenne, avec laquelle les relations sont d'ailleurs exécrables. Quant à Stansted, l'aéroport pourrait peut-être faire partie des actifs vendus par British Airport Authority (BAA) sur les ordres des autorités britanniques de la concurrence. Sans attendre sa mise sur le marché, Michael O'Leary a déjà proposé 2,5 milliards d'euros pour l'obtenir, ajoutant qu'il était prêt ensuite à enterrer Harry Bush, directeur exécutif de l'aviation civile (qui fixe les taxes aéroportuaires) sous le béton du tarmac. Si Michael O'Leary part réellement à la retraite, en 2010 ou 2011, celle-ci va lui sembler bien fade ...





Rousseau Anna


Source: http://www.challenges.fr/magazine/0136-016304/lesbroufe_est_parme_anticrise…
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